75 mirettes

Ce que mes mirettes peuvent croiser dans la capitale de notre beau pays.

samedi, septembre 06, 2008

Jazz is not dead - La villette

Rien de tel qu'un festival de Jazz pour une reprise en douceur. C'est le festival de Jazz de la Villette.
Cette année, l'objectif est de dépoussierer le vénérable vieillard. Pour ce faire, un dispositif imparable : l'hybridation ! Le dispositif est classique (usé ?), mais invariablement motivant, assoiffés que nous sommes de nouveaux rapprochements fructueux. 

La programmation va donc prouver la vitalité du Jazz en confrontant celui-ci à la photo, la danse, le cinéma, et bien sûr d'autres styles musicaux.

Première date du festival : Archie Shepp rencontre la chorégraphe Anne Theresa de Keersmaaker.
Cette confrontation est en fait soigneusement balisée puisque le plus souvent les danseurs évoluent sur de la musique enregistrée !
Seule la première partie prend véritablement la forme d'un dialogue Archie Shepp et Salva Sanchis. Mais là encore, le plaisir de la musique est réel et l'intérêt de la chorégraphie véritablement secondaire.

Espérons que la suite du festival nous réservera des surprises autrement plus exaltantes.

 




samedi, mars 15, 2008

Deux mises en scènes de "Juste la fin du monde"

"Juste la fin du monde" est une pièce de Jean-Luc Lagarce. J'ai pu en voir deux mises en scène différentes : en novembre dernier au Théâtre de la Ville de Paris (François Berreur) et récemment à la Comédie Française (Michel Raskine).

Dans cette pièce, Louis se sait condamné par la maladie. Il rend une dernière visite à cette famille qu'il a fuit il y a plusieurs années. La durée de la séparation, les différences de réussite, toutes les rancunes et mauvais souvenirs remontent à la surface et rendent la communication impossible. Il ne leur annoncera finalement pas cette mort prochaine.

Comme souvent chez Lagarce, les personnages sont aux prises avec le langage. Les tensions entre les différents membres de la famille se manifestent par des prises de paroles douloureuses. Chaque locuteur réévalue son discours pendant qu'il le prononce, sans cesse, il le corrige et le reprend. Empêtré dans les digressions et autres doutes sur la syntaxe et la grammaire, en ayant trop dit, il n'a souvent d'autres recours que la colère et la violence. Le dialogue n'est jamais possible.

Les deux mises en scènes ont pris des partis différents avec des résultats également très éloignés.

Chez François Berreur, cette famille qui se retrouve est un groupe dont la géographie évolue sous l'impulsion des différents affrontements. La femme rejoint le mari quand celui-ci affronte le reste de la famille, le groupe entier se déplace dans une même direction pour changer de sujet et mettre fin aux situations embarrassantes.

Pour Michel Raskine, chaque personnage qui prend la parole est isolé du reste du groupe et se met en danger. Le décor comprend d'ailleurs une estrade qui surplombe les premiers rangs de la salle. A chaque fois qu'un personnage prend la parole, les autres le fixent, immobiles.

Cette deuxième approche met le texte en valeur et rend les personnages beaucoup plus proches.
Les personnages sont rendus avec plus de nuances et on se prend à douter de certaines évidences. Le dialogue est rendu impossible à la fois par le narrateur et ses proches. A la fin de la pièce, on éprouve presque de l'empathie pour Antoine, ce frère brutal et frustre. Louis est également un narrateur beaucoup plus présent.

La représentation de la Comédie Française a été perturbée par quelque spectatrice indélicate estimant qu'on trahissait Lagarce. Les bras m'en tombent jamais je n'ai vu une mise en scène sonnant aussi juste.




samedi, mars 08, 2008

Angelin Preljocaj au Théâtre de la Ville


Comme chaque année, Angelin Preljocaj investit le Théâtre de la Ville, et on y court confiant !

Beau, simple et lisible comme un spectacle de Preljocaj serais-je tenté de dire.
La pièce la plus ancienne "Annonciation" est une variation sur l'Annonciation à la Vierge, le décor très simple rappelle ces tableaux de Fra Angelico (...). On retrouve le coté ludique et facétieux du personnage avec une apparition de l'Ange sur un mode assez éloigné de la tradition.

"Les Centaures" nous montre des danseurs qui évoluent avec la fougueuse brutatlité de cette créature mythologique. L'homme et le cheval ne faisant qu'un pour ensuite se séparer et s'affronter à nouveau.

"Eldorado" bénéficie de décors et de costumes somptueux, la musique généralement très présente est ici envahissante. Elle disloque nos pensées et l'unité des danseurs qui évoluent chacuns sur des rythmes et des lignes différents.

Un grand moment comme on aimerait en voir plus souvent au Théâtre de la Ville de Paris.

Theatro - 1980, Coluche, élections présidentielles



Au Théâtre de l'Aktéon, deux personnages s'affrontent : le beau père notable comblé, revenu de tout, bavarde avec le fiancé de sa file.
On est en 1980, ils s'opposent sur la candidature de Coluche aux élections présidentielles. Cette argutie les emmènera par bien des détours jusqu'à des aveux plus personnels qui révéleront la véritable personnalité de chacun.
Pour le beau-père, la disgrâce de Coluche dans le monde politico-médiatique rappelle l'opposition perpétuelle du théâtre (symbole de l'artifice assumé) aux institutions qui usent des mêmes techniques à des fins de manipulation.

Le notable en rhéteur machiavélique manipule son futur gendre et le pousse dans ses derniers retranchements à force d'argumentations érudites et ... préparées à l'avance.

Le duo fonctionne bien et on est captivé par cette dynamique qui rend le benêt admirable et révêle les méprisables compromissions du notable.

Penthésilée à la Comédie Française


Le décor est minimaliste et ne changera pas : un aggrégat de rochers (romantique en diable) et un pont.
La mise en scéne est discrète, trop sans doute. Les exagérations du mythe grecque n'étant que moyennement tempérées par l'exaltation romantique, on aurait souhaité un jeu plus sûr et plus flamboyant. Faire vivre un texte qui décrit (longuement) des affrontements titanesques demande sans doute plus d'engagement, plus de mise en scène.

En revanche, la deuxième partie m'a transporté. La reine des Amazones en proie à une fureur amoureuse dévastatrice, ne restreint plus ses pulsions et se livre aux pires exactions sur un Achille vaincu par l'amour et l'épée.

Ces égarements n'ont que plus de force quand on les rapproche de la personnalité de Heinrich von Kleist, qui se suicida avec son amie à l'âge de 34 ans.

Un régal de jusqu'au-boutisme dans cette période qui fleure bon le cynisme et la posture.

dimanche, février 10, 2008

On ne badine pas avec l'amour au théâtre de la Tempête



Camille et Perdican s'aiment et sont destinés l'un à l'autre par leurs parents. Camille veut entrer dans les ordres, elle s'efforce de faire taire ses sentiments pour Perdican. Celui-ci, blessé dans son orgueil, va séduire la jeune soeur de lait de Camille.

Résumée ainsi, on pense à Marivaux et aux rebondissements multiples de l'amour et des coeurs trompés. Eh bien pas du tout ! C'est un Musset pessimiste qui nous brosse un portrait féroce d'une société où les riches jouent avec le destin des faibles. Tout le monde y est lâche et superficiel, avec une mention spéciale pour les curés qui intriguent pour satisfaire leur gourmandise.

La scène est en grande partie occupée par une estrade trapézoïdale inclinée, les acteurs évoluent de préférence autour de celle-ci, seuls le menton ou le buste sont visibles.

Ce dispositif scénique permet à Philippe Faure de disposer ses personnages selon des figures très géométriques. Autant d'occasions d'apprécier de profonds perspectives, des positions relatives pleines de sens.

Voila qui fait plaisir à voir !

samedi, janvier 19, 2008

Anne Teresa De Keersmaeker : Zeitung

Anne Teresa De Keersmaeker a présenté récemment sa dernière chorégraphie au Théâtre de la Ville. Il a fallu une erreur dans mon abonnement pour que je dispose de billets pour une de ses représentations.

En effet, cette chorégraphe m'avait déçu plusieurs fois et elle figurait en bonne position sur la liste noire que se constitue tout abonné au Théâtre de la Ville.

J'y allais malgré tout et je dois avouer que j'ai été séduit par le spectacle.
Dans un décor minimaliste (donc pas de décor), du Bach pour accompagner des danseurs en séance de répétition ou de stretching.
On l'aura compris, ce n'est pas le plaisir du spectacle qui importe ici. Non, c'est plutôt l'effacement extrême de la chorégraphe.
Zeitune est une espèce de constat amer de l'impossibilité de créer quoi que ce soit d'intéressant, alors du coup, on laisse les danseurs répéter les gestes qu'ils ont préparés, on déroule du piano, et on fait la tronche en regardant ses collègues danser de manière parfois fort approximative de surcroît.

Un peu comme si Zeitung voulait montrer par l'exemple que préparer un spectacle pour le public n'avait plus aucun sens.